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Les relations de couple hétéro sont-elles vouées à l'échec ?

Il y a des livres qui nous confortent dans nos idées. Et puis il y a ceux qui nous obligent à nous arrêter, à réfléchir et à remettre en question tout ce que l'on croyait évident.

C'est exactement ce qu'il s'est passé lorsque j'ai lu Révolution amoureuse : Pour en finir avec le mythe de l'amour romantique, de Coral Herrera Gómez.


Ce livre ne dit pas que l'amour est une illusion, ni que les couples hétérosexuels sont condamnés à l'échec. En revanche, il invite à une réflexion essentielle : et si ce n'était pas l'amour qui faisait souffrir, mais le modèle amoureux dans lequel nous avons grandi ?

Depuis l'enfance, nous sommes bercés par le même scénario. Les films, les séries, les contes de fées, les chansons d'amour... Tout semble nous raconter la même histoire : rencontrer "la bonne personne", construire un couple exclusif, fonder une famille et vivre heureux jusqu'à la fin des temps.


Ce modèle paraît naturel. Pourtant, il est profondément culturel.


Le féminisme nous invite justement à nous demander : qui bénéficie réellement de cette façon de concevoir les relations amoureuses ?


Dans son livre, Coral Herrera Gómez explique que les relations hétérosexuelles ne peuvent pas être pensées indépendamment du système patriarcal dans lequel elles s'inscrivent. Les inégalités économiques, la répartition du travail domestique, la charge mentale, les attentes sociales envers les femmes ou encore les violences sexistes ne s'arrêtent pas à la porte du foyer. Elles traversent aussi les relations amoureuses.


Pendant longtemps, les femmes ont même eu besoin du mariage pour survivre économiquement. Aujourd'hui encore, malgré les avancées, les écarts de salaires, les carrières interrompues par la maternité ou les inégalités dans le partage des tâches continuent d'influencer les dynamiques de couple.


Cela ne signifie évidemment pas que tous les couples hétérosexuels reproduisent ces rapports de domination. Mais cela invite à reconnaître que nous évoluons dans un système qui favorise certaines inégalités, souvent de manière invisible.


Une autre idée qui m'a particulièrement marquée est la façon dont les femmes sont encore enfermées dans des catégories contradictoires.

Il faudrait être douce mais indépendante.

Séduisante mais pas "trop".

Sexuelle mais seulement avec la bonne personne.

Bonne mère, bonne épouse, bonne amante, mais jamais "trop libre".


Comme si les femmes oscillaient constamment entre deux images : la femme parfaite, respectable, celle que l'on épouse... ou la "mauvaise fille", celle que l'on désire sans vraiment la respecter.


Cette opposition continue encore aujourd'hui d'alimenter de nombreuses injonctions et participe à la manière dont les femmes sont perçues, mais aussi dont elles se perçoivent elles-mêmes.


Une autre réflexion m'a profondément touchée : nous apprenons énormément à tomber amoureux, mais très peu à quitter une relation.


On nous enseigne à trouver l'amour.

À faire des compromis.

À sauver notre couple.

À nous battre pour lui.

Mais qui nous apprend qu'il est aussi possible de partir ?


Qu'il est légitime de mettre fin à une relation qui ne nous rend plus heureuses, même en l'absence de violences ?


Chez beaucoup de femmes, la séparation s'accompagne d'une peur immense : celle de finir seule, de ne plus être aimée, d'être remplacée ou de ne jamais retrouver quelqu'un.

Comme si notre valeur dépendait encore de notre capacité à être choisies.


Cette idée m'a particulièrement interrogée. Parce qu'au fond, combien d'entre nous restent parfois dans une relation davantage par peur de la solitude que par réel épanouissement ?

Le livre insiste également sur une idée que je trouve essentielle : apprendre à être heureuse seule.


Non pas parce que le couple serait inutile, mais parce qu'une relation ne devrait jamais devenir la condition de notre bonheur.


S'aimer suffisamment pour pouvoir choisir de rester... mais aussi choisir de partir.

Être capable de construire une vie pleine, avec ou sans partenaire.


Finalement, ce que propose Coral Herrera Gómez n'est pas de renoncer à l'amour.

Elle nous invite plutôt à imaginer une autre façon d'aimer.


Un amour fondé sur la coopération plutôt que sur la domination.

Sur l'empathie plutôt que sur le contrôle.


Sur l'autonomie plutôt que sur la dépendance.

Un amour où chacun reste un individu à part entière, sans devoir s'effacer pour faire fonctionner le couple.


Cette vision fait écho à ce que certaines autrices appellent "l'amour compagnon" : une relation fondée sur l'égalité, la solidarité, le respect mutuel et la liberté de chacun.

Je crois que c'est finalement ce qui m'a le plus marquée dans cette lecture.


Le féminisme ne cherche peut-être pas à nous éloigner de l'amour.


Il cherche surtout à nous éloigner de la souffrance que certains modèles amoureux entretiennent depuis des générations.


Et si aimer devenait enfin un espace de liberté plutôt qu'un lieu de sacrifice ?


C'est une question que je continuerai certainement à explorer. Car si ce livre m'a apporté beaucoup de réponses, il m'a surtout donné envie d'en apprendre davantage sur les recherches qui existent autour du couple, du féminisme et des relations amoureuses.


On la commence cette révolution amoureuse ?

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