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EMDR : les dérives et les erreurs à éviter avant de commencer une thérapie

L'EMDR est une thérapie reconnue pour le traitement du psychotraumatisme. Mais comme toute approche, elle présente aussi des limites et certaines dérives. Découvrez les précautions à prendre avant de commencer une thérapie EMDR.


L'EMDR est aujourd'hui l'une des thérapies les plus reconnues dans la prise en charge du trouble de stress post-traumatique (TSPT). Son efficacité est soutenue par de nombreuses études scientifiques et elle est recommandée par plusieurs autorités de santé internationales.

Pour autant, reconnaître son efficacité ne signifie pas considérer que tout ce qui est présenté comme de l'EMDR est forcément pertinent ou conforme aux connaissances scientifiques actuelles.

Comme beaucoup d'approches qui rencontrent un succès important, l'EMDR s'est progressivement développée au-delà de son cadre initial. Aujourd'hui, on trouve des formations très variées, des protocoles simplifiés, des livres d'auto-guérison, des vidéos proposant de pratiquer seul·e ou encore des concepts parfois présentés comme des certitudes alors qu'ils restent débattus.

L'objectif de cet article n'est pas de remettre en question l'EMDR en tant que thérapie.

Au contraire. Il s'agit de prendre du recul sur son utilisation actuelle afin d'aider les futur·es patient·es à faire des choix éclairés et les professionnel·les à conserver un regard critique sur leur pratique.


Une thérapie efficace ne signifie pas une pratique sans risque

Il est important de rappeler une distinction essentielle.

Une thérapie peut être efficace lorsqu'elle est utilisée dans un cadre clinique précis, tout en donnant lieu à des pratiques discutables lorsqu'elle est diffusée en dehors de ce cadre.

Ce phénomène ne concerne d'ailleurs pas uniquement l'EMDR. De nombreuses approches psychothérapeutiques connaissent des dérives lorsqu'elles deviennent très populaires.

En réalité, plus une méthode est connue, plus elle risque d'être simplifiée, adaptée ou commercialisée de manière parfois excessive.

L'EMDR n'échappe pas à cette réalité.


Toutes les formations EMDR se valent-elles ?

L'EMDR est une approche très structurée.

En Europe, il existe un parcours de formation reconnu qui s'adresse aux professionnel·les de santé mentale et qui comprend plusieurs niveaux de formation, un travail supervisé et une validation progressive des compétences.

Cette exigence n'est pas un simple formalisme.

Le traitement du psychotraumatisme nécessite des compétences spécifiques.

Une personne peut présenter :

  • des réactions dissociatives ;

  • une activation émotionnelle très importante ;

  • des souvenirs complexes ;

  • ou encore des difficultés de régulation du système nerveux.

Le ou la thérapeute doit être capable d'adapter constamment son intervention afin de maintenir un cadre suffisamment sécurisant.

Pourtant, à côté de ces formations reconnues, on trouve aujourd'hui des formations beaucoup plus courtes ou des approches qui reprennent certains outils de l'EMDR sans respecter le protocole initial.

Toutes ne présentent pas le même niveau d'encadrement.

Cela ne signifie pas que les professionnel·les qui les proposent travaillent nécessairement de manière inadaptée, mais cela rappelle l'importance de s'informer sur leur parcours et leur formation.


Comment choisir un·e thérapeute EMDR ?

Avant de commencer une thérapie, il peut être utile de poser quelques questions.

Par exemple :

  • Quelle formation avez-vous suivie ?

  • Depuis combien de temps pratiquez-vous l'EMDR ?

  • Travaillez-vous régulièrement avec des personnes présentant un psychotraumatisme ?

  • Comment se déroule généralement une prise en charge ?

  • Prenez-vous le temps de préparer les patient·es avant de commencer le retraitement ?

Un·e professionnel·le formé·e accueillera généralement ces questions avec naturel.

Au-delà des diplômes, il est également important de se sentir en confiance.

La relation thérapeutique constitue l'un des facteurs les plus importants dans l'efficacité d'une psychothérapie.


Les concepts autour du trauma sont parfois présentés avec trop de certitudes

Au fil des années, certaines notions se sont largement diffusées dans le champ du psychotraumatisme.

On entend notamment parler :

  • de trauma transgénérationnel ;

  • d'empreintes précoces ;

  • de mémoire du corps ;

  • ou encore de traumatismes oubliés qui pourraient être retrouvés plusieurs années plus tard.

Certaines de ces notions s'appuient sur des observations cliniques ou sur des travaux de recherche en cours.

D'autres sont parfois présentées de manière beaucoup plus affirmée que ce que permettent réellement les connaissances scientifiques.

Il est donc important de distinguer ce qui est aujourd'hui bien documenté de ce qui relève encore d'hypothèses.


Le trauma inter et transgénérationnel : une question plus complexe qu'il n'y paraît

Les recherches montrent que les expériences vécues par une génération peuvent avoir des conséquences sur les suivantes.

Cette transmission passe notamment par :

  • les relations familiales ;

  • les comportements éducatifs ;

  • le climat émotionnel ;

  • certains mécanismes biologiques encore étudiés, comme l'épigénétique du stress.

Ces données sont aujourd'hui prises au sérieux par la recherche.

En revanche, cela ne signifie pas que chaque difficulté psychologique actuelle puisse être expliquée directement par un traumatisme vécu plusieurs générations auparavant.

Lorsque ce type d'explication devient systématique, il est préférable de conserver un regard prudent.

En psychologie, les phénomènes humains sont rarement réductibles à une cause unique.


Peut-on retrouver des souvenirs oubliés ?

Une autre question revient régulièrement dans les débats autour du psychotraumatisme.

Certaines approches suggèrent qu'il serait possible de retrouver des souvenirs traumatiques complètement oubliés grâce à certaines techniques thérapeutiques.

Cette question est particulièrement sensible.

Aujourd'hui, les recherches en psychologie de la mémoire montrent que notre mémoire n'est pas un enregistrement fidèle du passé. Elle est reconstructive. Elle évolue avec le temps. Elle est influencée par le contexte, les émotions et les informations auxquelles nous sommes exposé·es.

Cela ne signifie pas que tous les souvenirs sont faux.

En revanche, cela invite à la prudence lorsqu'une thérapie cherche à retrouver coûte que coûte une origine cachée à une souffrance actuelle.


Peut-on pratiquer l'EMDR seul·e ?

Depuis quelques années, les contenus consacrés à l'EMDR se multiplient sur Internet.

On trouve désormais :

  • des vidéos guidées ;

  • des applications ;

  • des programmes en ligne ;

  • des livres promettant un retraitement autonome des traumatismes.

Cette évolution peut donner l'impression que l'EMDR se résume à une série de mouvements bilatéraux.

Pourtant, cette représentation est très éloignée de la pratique clinique.

Une véritable thérapie EMDR repose sur :

  • une évaluation approfondie ;

  • une préparation ;

  • une surveillance constante de l'état émotionnel ;

  • une adaptation permanente du rythme de travail.

Tout ce cadre disparaît lorsque l'on pratique seul·e.

Certaines techniques inspirées de la stimulation bilatérale peuvent favoriser un apaisement ponctuel.

En revanche, cela ne correspond pas au retraitement d'un traumatisme au sens de l'EMDR.


Pourquoi la sécurité reste essentielle ?

Le traitement d'un traumatisme ne consiste pas à replonger brutalement dans le souvenir.

Au contraire.

L'objectif est de permettre au système nerveux d'approcher progressivement des expériences difficiles tout en restant dans une zone suffisamment sécurisante.

C'est précisément ce que permet le travail réalisé avec un·e thérapeute formé·e.

Cette sécurité repose sur plusieurs éléments :

  • la qualité de la relation thérapeutique ;

  • le respect du rythme de chacun·e ;

  • la régulation émotionnelle ;

  • la capacité du ou de la thérapeute à interrompre le travail lorsque cela est nécessaire.

Sans ce cadre, le risque n'est pas seulement de ne pas progresser.

Il est aussi de se retrouver submergé·e par des émotions difficiles sans bénéficier du soutien nécessaire.


Pourquoi est-il important de garder un regard critique ?

En psychologie, il est rare qu'une approche thérapeutique réponde à toutes les questions.

L'EMDR constitue aujourd'hui une thérapie reconnue dans le traitement du psychotraumatisme.

Cela ne signifie pas que tous les concepts qui gravitent autour d'elle soient validés avec le même niveau de preuve.

Être critique ne revient pas à rejeter une méthode.

Au contraire. C'est reconnaître que les connaissances scientifiques évoluent en permanence et que les professionnel·les ont la responsabilité de continuer à les actualiser.

Cette posture permet de proposer des accompagnements toujours plus rigoureux, nuancés et respectueux des personnes accompagnées.


En résumé

L'EMDR est aujourd'hui une approche thérapeutique efficace pour le traitement du trouble de stress post-traumatique.

Cependant, comme toute méthode largement diffusée, elle peut donner lieu à des simplifications, des interprétations excessives ou des usages qui s'éloignent de son cadre clinique initial.

Avant de commencer une thérapie, il est donc utile de s'informer sur la formation du ou de la thérapeute, de poser des questions sur sa pratique et de privilégier un accompagnement qui respecte votre rythme et votre sécurité émotionnelle.

L'objectif n'est pas de rechercher une méthode présentée comme parfaite.

L'objectif est de trouver un accompagnement sérieux, fondé sur les connaissances scientifiques actuelles et adapté à votre situation.


Questions fréquentes

L'EMDR est-elle dangereuse ?

Pratiquée par un·e professionnel·le formé·e dans un cadre adapté, l'EMDR est considérée comme une thérapie sûre. En revanche, les protocoles simplifiés ou l'auto-EMDR ne présentent pas les mêmes garanties.


Peut-on faire de l'EMDR seul·e ?

Certaines techniques de régulation peuvent être réalisées en autonomie, mais le retraitement d'un traumatisme nécessite un accompagnement thérapeutique.


Comment choisir un·e thérapeute EMDR ?

N'hésitez pas à vous renseigner sur sa formation, son expérience du psychotraumatisme et sa manière de conduire les séances.


Toutes les formations EMDR sont-elles identiques ?

Non. Il existe des parcours reconnus et d'autres formations plus hétérogènes. Il est donc utile de s'informer sur le cursus suivi par le ou la professionnel·le.


À lire ensuite :

  • Comment se déroule une thérapie EMDR ? Les 8 étapes expliquées par une psychologue.

  • Est-ce que l'EMDR est vraiment efficace ? Ce que disent les études scientifiques.



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